5- de l'Afrique vers l'Amérique (Daniel)

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Dimanche 26 Décembre 2021.

Nous voilà donc partis en direction de Recife au Brésil : 1500 miles nautiques. Pour deux équipiers, ce sera leur plus longue navigation. 12 jours prévus selon le routage de Sail Grib. Les dernières courses en frais ont été faites au marché: bananes bien vertes, tomates, avocats, carottes, poivrons, courgettes, pommes, oranges, mandarines, poires. Nous avons trouvé que tous les fruits et légumes étaient chers mais comme il n’y avait pas de prix affichés on peut se demander si l’addition n’avait pas été faite à la tête du client. Nous avons terminé de dépenser nos derniers escudos avec du pain et des yaourts stérilisés après fermentation que l’on peut conserver à température ambiante mais c’est meilleur de les manger un peu frais. Nous larguons les amarres vers 16h30 aidés par les Cap-Verdiens du Port de Mindelo sous un vent assez soutenu. Nous sortons d’une des plus belles baies du monde en arc de cercle du à une caldeira qui s’est formée quand je n’étais pas encore né. Nous partons sous génois seul, combinaison que nous aimons bien. Il faut dire que depuis la Corogne la grand voile n’a pas servi. Nous sommes encore sous l’influence des Iles du Cabo Verde où le vent souffle toujours un peu fort dans les canaux. Nous n’en sortirons que le lendemain après midi. Après les carottes saucisses du midi, concoctées par Bruno et Jean Louis, le soir nous mangeons une petite soupe et bannette. Pour moi, qui dort à l’avant, il a presque fallu me tenir le lit pour que je rentre dedans tellement ça roulait.

Jour 1.  Le problème de batterie est totalement résolu, nous en avions deux qui chauffaient voire même bouillaient. Bruno a refait le branchement avec des nouvelles, le fil rouge sur le bouton rouge le fil noir sur le bouton noir et la lumière fut. Le fait de les avoir changées nous permet de tenir toute la nuit sans faire de moteur, en coupant le frigo, ce qui est très appréciable. C’est vrai que les strela, bières cap-verdiennes, manquent un peu de fraîcheur au petit déjeuner mais pour des bretons qui sont habitués à la cervoise tiède ce n’est pas un problème. La salade niçoise préparée par Brigitte à Mindelo, servie à midi dans des bols à cardans, mer oblige, a été très appréciée.

Jour 2.   Ça y est nous ne sommes plus sous l’influence des îles du Cap Vert. La mer commence un peu à s’aplatir et le vent baisse doucement, nous hissons la grand voile. Valentin, la mascotte de l’association ADEPA, tagué dans le haut de la voile peut enfin respirer et voir cette étendue d’eau d’un bleu outremer mais avec déjà des sargasses qui nous empêchent de mettre les lignes à la traîne. Dommage je me serai bien fait une dauthade conifère ou un razard voire un rethonquin.

Jour 3.   Les chaleurs commencent à monter, les vestes de quarts et pantalons de ciré ont été définitivement remisés pour les quarts de nuit, les températures avoisinent les 29 degrés le jour et 25 la nuit, la mer s’est très aplatie, plus de mal de mer. On ne voit pratiquement plus Brigitte de la journée, elle est à la cambuse. Courgettes carbonara, piémontaise avec mayonnaise maison euh bateau, taboulé, pommes de terre au lard, épinards œufs au plat, picata romana, flan caramel, gâteau de semoule au caramel au beurre salé. Vomito est bien resté à Mindelo. Et quand elle a un peu de temps Brigitte se met au montage de vidéos pour régaler vos yeux. 

Jour 4. Le système météo est en train de changer, quelques nuages apparaissent, cirus, alto cumulus, stratus, cumulos nimbus, cumulus, et j’en passe. Il fait toujours très chaud, la mer est à 28, on attend d’aller un peu moins vite pour se baigner. Le vent ayant un peu baissé, nous mettons le spi: une voile de 120 m² contre une de 30 on devrait accélérer. Nous attendons avec impatience pour certains des craintes pour d’autres, ce pot au noir dont on entend très souvent parler: calme plat, orages, pluies torrentielles, mer plate, éclairs, coup de vent très bref, foudre… Entre deux sargasses je mets la traîne à l’eau vers 16 h des fois que… 10 minutes plus tard biiiiiiiizzzzzz le moulinet retentit, cette fois ce doit être une belle prise, le frein n’arrive même pas à stopper le fil ça déroule ça déroule. Il faut tenir le fil à la main en plus pour freiner le dévidement. La bestiole, un peu fatiguée, se laisse peu à peu remonter, une magnifique daurade de 120 cm que nous aurons sur la table pour le réveillon (euh que les darnes, la daurade n’étant pas très causante). 

Jour 5. Le vent a un peu monté, nous avons enlevé le spi pour remettre le génois, nous filons à 6 nœuds et toujours pas de pot au noir en vue. Ce soir c’est réveillon de fin d’année, nous avons fait les menus du 31 et du 1er. Pour le soir ce sera champagne avec toast au foie gras (en fait c’est de la mousse de foie de canard à l’armagnac 0,5% d’alcool), daurade à la plancha riz basmati, crème renversée (entre deux vagues) à la noix de coco. Et nous serons tous de quart à minuit. Pour le menu du premier ce sera une surprise. Nous avons décoré le bateau pour ce dernier jour de l’année, guirlande leds à profusion. Nous ne sommes pas à l’abri de faire du moteur pour recharger les batteries cette nuit. 

Jour 6. 5h30 mon premier quart de l’année. Comme tous ces derniers jours la tenue réglementaire est short, tee short, gilet de sécurité et longe, il fait déjà 26 degrés sur le pont, la lune m’accueille avec le sourire genre smiley (le quartier est tourné vers le bas sous ces latitudes). Bruno ira se coucher après une nuit de folie, il a dû faire la teuf toute la nuit avec quelques sirènes de passage. Midi : Bruno est prêt pour la plancha, les quatre grosses darnes de daurade également. De gros cumulus bourgeonnants s’approchent. La cuisson reprendra plus tard, nous sommes sous un petit grain avec un peu de soleil liquide, qui nous force à abattre de 50 ° avant de reprendre notre route. 

Jour 7. Zague zague zague ZIC, cette fois nous y sommes dans la Zone Intertropicale de Convergence: qu’est ce ? En gros c’est la zone où se rencontrent les alizés NE de l’hémisphère nord et ceux SE de l’hémisphère sud, le tout dans une température d’une trentaine de degrés, et comme il ne s’entendent pas ces deux là, ça crée des zones instables. Nous avons donc eu une nuit très éclairé, ça pétait de partout, à midi un grain avec des vents de 35 nœuds et pluie torrentielle pendant 1h30. Il pleuvait tellement fort que la mer n’arrivait pas à se former. Les deux garçons nous ont refait la pub ushuaïa. Le vent tourne de 70 ° puis revient doucement avec de la pluie jusqu’à la nuit. 

 Jour 8.  Tout est redevenu normal, nous avons récupéré notre vent synoptique. Un peu de moteur ce matin par manque de vent, puis sous voile, nous filons à 6 nœuds en direction de Recife que nous devrions atteindre samedi soir. Brigitte est en train de faire du pain, la pâte lève vite avec 31 degrés et 90% d’humidité. Je ne vous explique pas la chaleur dans le bateau avec le four allumé. Les grains nous ont forcé à faire de l’ouest, du coup nous avons raté les rochers Saint Pierre et Paul. Ce sont une quinzaine de petites îles et récifs situés dans l’océan Atlantique, à environ 985 km au nord-est de la ville brésilienne de Natal. Nous sommes dans un courant nous déportant vers les Antilles. Nous devons refaire du sud appuyé au moteur une partie de la nuit pour nous en sortir. 

Jour 9. Petit rituel quotidien, quart de nuit, lever de soleil puis des garçons, petit déjeuner ensemble, repas du midi avec vue sur la mer, sieste de récupération ou en prévision des quarts de nuit suivants, dîner puis nous baissons la luminosité de tous les écrans pour économiser l’énergie et c’est reparti pour un tour. 

Jour 10. Ce matin nous avons rendez vous avec Neptune, nous avons coupé l équateur à 5 heures UTC, mais comme il faisait noir nous n’avons pas vu le trait dessiné sur l’océan. Nous voila maintenant la tête en bas et en été: magique. Comme le veut la coutume nous avons fait une offrande à Neptune, un petit coup pour lui, un petit pour le bateau et le reste pour nous. Depuis plusieurs jours 3 fous de bassan nous accompagnent de leurs vols majestueux becquetant au passage quelques poissons volants effrayés par notre étrave. Les produits frais commencent à s’épuiser, nous avons fini nos dernières feuilles de salade, il nous reste un poivron, un demi concombre, quelques tomates et nos bananes vertes, accrochées dans un filet sous les panneaux solaires, qui ne veulent toujours pas mûrir. 

Jour 11.   Notre contact Nicolas de la Marina Jacare nous a suggéré de passer par Fernando da Noronha, qui est pratiquement sur notre route pour avoir notre visa d’ entrée au Brésil. Nous projetons donc de nous y arrêter cette nuit à l’ancre et de débarquer avec l’annexe au petit matin. 

Jour 12.  Trop compliqué de circuler entre des dizaines et des dizaines de bateaux en pleine nuit pour trouver un endroit ou jeter l’ancre avec pas trop de fond. Nous nous attendions à arriver sur une île un peu sauvage, que nenni, c’était blindé de partout, je décide donc de continuer vers Recife ce sera plus prudent. Nous en avons profité pour nous mettre à l’heure du Brésil: et moins 2. Encore un beau lever de soleil, et deux baleines ont croisé notre route à 200 mètres. Brigitte a déjà les mains dans la farine, il va faire encore chaud dans le bateau. Elle a déjà trouvé le menu pour midi: rougail saucisses avec notre dernier poivron, nous ne sommes pas à l’abri de bien manger. Les bananes du Cap Vert ont dû se donner le mot, elles ont toutes mûries d’un coup, super bonnes. A nous de faire un régime bananes pour ne pas en perdre. Demain soir nous arriverons au Brésil, vite je mets la canne à l’eau histoire de … et hop bataille avec un thon rouge de 60 cm ça va être la Saint Barthélémy sur le bateau. 

Jour 13. Ça y est le Brésil est en vue avec ses tours éclairées. Nous arrivons au Cabanga Iate Clube à 22 heures après avoir remonté le chenal sur 2 milles slalomant entre pieux et bancs de vase, aveuglé par des bandes de teufeurs du samedi soir sur la promenade, c’est sûr il n’y a pas de COVID ici. Dimanche matin nous découvrons ce yacht club, avec deux piscines deux restaurants, terrains de tennis, salle de sport etc etc, Porsche et autres gros 4X4 sur le parking. La grande classe. Lundi nous nous mettrons en quête de visa.