2-De la Corogne à Madère (Daniel)

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Etape 2 - La Corogne / Madère

Mercredi 10h45, nous quittons la Corogne avec une belle fenêtre météo sur le papier, mais en nous demandant quand même comment elle allait être dehors. La veille, nos voisins de ponton sur un amel kirk de Vannes, sont revenus à leur point de départ. Ils avaient pris 40 nœuds dans le pif. Il devrait donc rester un peu de houle, mais nous savions que Thomas (NDLR Pesquet) faisait du rab pour nous surveiller. Des morbihannais sur place (il y en a partout) nous font quelques adieux.

Puis nous prenons la direction du grand large. Là nous commençons à voir ce qui nous attend : une houle de 4 mètres et davantage de vent que prévu, mais c’est navigable. Nous prenons vite deux ris et quelques tours de rouleaux et nous cherchons à traverser le DST (Dispositif de Séparation du Trafic) au plus vite, sur les conseils de Yann notre ami routeur à terre. C’est la bonne option. Nous n’avons vu que très peu de bateaux par la suite.

Dans l’après-midi, nous croisons plusieurs dauphins et trois orques à 200 m du bateau dans le même sens que nous et là ça calme ! Le mal de mer n’étant pas loin, je n’avais pas trop la tête à voir le safran titillé, léché ou mordillé. En plus d’une pluie battante, une grosse vague a rempli le cockpit. Les coussins sont à moitié mouillés. Quand je dis moitié, c’est en épaisseur. On entendait l’eau circuler entre les cellules fermées de la mousse polyuréthane quand on s’asseyait dessus.

La première nuit est glaciale, l’eau à 17°C, le vent à 18 nœuds en apparent. Dur dur les quarts même avec toutes les couches de vêtements sur le dos. Au petit matin, le vent a un peu forci, et Jean Louis propose de baisser la grand-voile en entier pour éviter qu’elle ne claque. C’est une bonne idée. D’ailleurs nous ne l’avons pas remise de toute la traversée. Même sans la grand voile, nous avons fait plusieurs grands surfs à 12 nœuds sur le fond. Ça moussait de partout autour du bateau. On se serait cru dans une brasserie. Olyan le voilier n’a jamais été aussi vite, sauf dans le golfe du Morbihan avec 8 nœuds de courant dans le dos.

Les jours suivants les températures remontent, le vent ne baisse pas. Après avoir enlevé des couches sur le ventre et le haut des cuisses, c'est au tour de celles que nous avons sur le dos. La température de l’eau a bien augmenté pour finir à 23 °C à Madère. Notre Bruno est aux petits soins avec l’équipage. Il faut dire qu’il n’a jamais le mal de mer. Quand il était petit, notre moustachu, il a dû tomber dans la nautamine. Il a donc les rôles d’équipier, de personnel de service, de cuisinier, de serveur avec service à l’assiette, enfin au bol plutôt, pour ne pas dire gamelle. Avec des creux de 4 à 5 mètres et des déferlantes dans le derrière, ce n’est pas toujours gagné.

Les quarts ont un peu changé. Les garçons font des vacations de 4 heures environ jusqu’à minuit / une heure pour Jean Louis, Bruno à suivre puis moi en dernier. Notre média woman a prétexté que la nuit, il n’y avait pas assez de lumière pour faire des photos, mais qu’elle n’avait absolument pas peur. Elle nous accompagnait donc sur le premier et le dernier quart. Les deux derniers jours ont été plus calmes, accompagnés par de belles nuits étoilées et de beaux levers et couchers de soleil.

Nous avons monté la canne de traîne avec 300 mètres de fils tressés et un leurre au bout. Les thons n’ont qu’à bien se tenir. Jean Louis prend une petite bonite en milieu d’après-midi et le soir deuxième prise : un beau maquereau que Bruno remonte en rangeant la ligne.

Porto Santo apparaît dans notre horizon et entre la première dans notre environnement. Le lundi en milieu de nuit, voici Madère tout éclairée. On aurait cru des coulées de lave luminescentes.

Au petit matin nous arrivons tous fiers au port de Funchal. L’accès nous est refusé : plus de place disponible, il fallait réserver à l’avance. Très déçus, nous nous sommes presque dit que nous étions mieux en mer. Donc nous avons mouillé devant la ville en espérant une place en début de semaine prochaine. Nous en profitons pour mettre le dessalinisateur en service. Il explose littéralement au bout de 15 min ! Cette escale commence vraiment mal. Heureusement que le rosé est frais.

Après avoir mangé, je chausse une prothèse nue, et au culot je vais à la Capitainerie en exposant la barre de carbone qui me sert de tibia. Là ils se penchent à trois sur le plan de remplissage du port et ils nous trouvent rapidement une place à quai. Yes ! Du coup nous arrosons ça dans un bar vue sur mer, avec deux pichets de sangria et des tapas. Puis nous finissons au rhum dans le bateau. Il n’y a plus de houle, mais il a presque fallu me tenir le lit pour que je rentre dedans.

D’autres petites vidéos suivront au fil de notre périple… Prochaine étape: les Canaries.

Merci de nous suivre et merci pour tous vos messages.

À bientôt. Daniel.